22.10.2009

Gambetta, Clemenceau, Jaurès.

De grandes figures d'une république disparue, la IIIe. Des symboles de la République, de la France éternelle, celle qu'Abdoulaye Wade a vu dans le Président Jacques Chirac. Mais quels symboles? Car Gambetta, Clemenceau, Jaurès, ont bien défendu une même République, celle du triptyque Liberté Égalité Fraternité. Mais ils avaient des différences fortes, des oppositions, qui se sont transcrites dans la vie politique, les luttes parlementaires. Que de morceaux de bravoure oratoire ne nous ont-ils pas laissés! A côté, les petites phrases des Quatre Colonnes, ou du salon Henri IV, font pâle figure.

Ils avaient les même principes, et probablement le même idéal. Mais ils ne voulaient pas suivre le même chemin, le même rythme. Justice sociale et liberté, mais différemment. De son nuage bienveillant, Jaurès admirait le rêve qu'il formulait tous les jours, en se faisant le contempteur de la désolation. Désolation  dans laquelle Clemenceau se débattait lui qui, trente ans auparavant, n'était pas tendre avec le réalisme d'un Gambetta. Sommes nous condamnés à passer de l'idéalisme au pragmatisme?

Je veux croire que face aux réformes iniques, aux réformes justes mais mal amenées, mal construites, et mal votées, il y a une alternative. Mais ne nous y trompons pas: cette alternative est éphémère. L'Union Sacrée a tenu le temps de la guerre, et l'unité du parti républicain s'est maintenue tant que la République n'était pas enracinée. Après, c'est un divorce inéluctable, où chacun reprend sa route et défend ce qui le différencie. Vouloir pérenniser cela plus longtemps que nécessaire, c'est tuer le débat, et à terme la démocratie.  

Mais, comme dans toute séparation, partir trop tôt est aussi préjudiciable que partir trop tard.

 

18.10.2009

Penser, écrire, et dormir

Parfois on ne sait qu'écrire, ni que dire. Parfois les mots, les idées, manquent, et pourtant l'envie d'écrire est là. Rien ne meurt plus vite qu'un principe qui n'est pas couché sur le papier ou sur l'ordinateur. Demain, une autre idée chassera l'éclair de lucidité. Quelques idées toutefois, en vrac, comme on dit:

De la difficulté de rénover la politique: tout le monde n'est pas Sun Tzu, ou Machiavel, ou Richelieu. La première chose à apprendre quand on veut faire de la politique, c'est que la politique, c'est d'abord une pratique. Rien de durable ne se construit dans l'instant. Il faut du temps. Les vocations de théoriciens de la politique sont légion. Ce qui est difficile avec la vocation, c'est qu'elle n'implique pas le talent.

De l'ego en politique: il est nécessaire, mais est l'un des principaux problèmes de la politique collective, au sens de vie politique, et de la politique individuelle, au sens d'ambition politique personnelle. Il y a deux types d'hommes politiques: les petits qui se veulent grands, les grands qui veulent se faire petits. C'est l'Histoire qui juge, et souvent, l'Histoire, ce sont les vainqueurs qui l'écrivent.

Deux ecueils à la politique: l'excès de lucidité, qui pousse au scepticisme, et donc au mutisme; l'excès d'idéalisme, qui rend aveugle, sourd, dangereux.

Il est bientôt une heure du matin. La nuit, le rideau, tombent.

13.10.2009

L'élitisme républicain

Beau principe que celui-ci : les charges et les offices ne sont plus ni vénales, ni héréditaires. Pour peu qu’il remplisse les conditions, chacun peut, selon ses mérites, exercer telle ou telle fonction.

Mais voilà que dans son désir de rupture, Nicolas Sarkozy met à bas ces idées.

Or, quand on rompt avec un progrès, on appelle ça une régression.

La probable élection de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD en fait partie. Vous me direz, c’est une élection, il tient sa légitimité des électeurs, des citoyens. Certes, mais la République, même si c’est injuste, est incompatible avec les dynasties. Oui, je le clame haut et fort, un fils de Président peut se présenter aux élections, et être élu. Mais, comme l’a dit le député UMP Jacques Myard, la politique c’est aussi la subtilité, et même si Jean Sarkozy est très brillant, plus que son père au même âge selon Patrick Devedjian, il devrait apprendre la patience. C’est dommage, mais c’est comme ça : en République, on ne peut pas prêter le flanc aux accusations de népotisme, et l’ascension d’un père empêche celle des enfants au moins temporairement, surtout si ça se passe sur le territoire du père. Car l’affaire serait moins grave si l’on n’était pas là en présence d’un fief.

Enfin qu’on se rassure, Nicolas Sarkozy a montré tout son attachement à l’élitisme républicain dans son discours sur la réforme du lycée. Ce beau discours serait plaisant s’il n’était ridicule vu le contexte.

Il est des moments, en politique, où tout va mal. D’ici à ce que Dominique de Villepin soit acquitté, ou pire, condamné et décrit comme une victime d’un procès politique…

09.10.2009

Le retour de l'ordre moral?

Alors que se déchaînent encore les passions, médiatiques et politiques sur les délcarations de Frédéric Mitterrand, je me pose cette question que ma tradition libérale (j'insiste sur le mot, il faudra bien qu'on finisse par comprendre son sens en France), je m'interroge.

Non pas sur ce qu'il a fait, dit, ou écrit. Je m'interroge sur ce que peut dire Benoit Hamon, pour qui, en substance, écrire quelque chose sur le tourisme sexuel dans un roman, est scandaleux.

Va t-on devoir, après l'imprimatur ancien, mettre en place un comité de censure germanopratin? Où tout, de l'horreur de certaines plages thailandaises à la clope au bec de Chirac, sera gommé? Vous me direz, ce n'est pas la même chose, le degré est différent. Peut être, mais à des degrés différents, il y a la même logique, celle d'une société polissée, où parc contre, on tolère les jeux vulgaires de TF1, parce qu'on préfère montrer l'argent roi et le porno chic, plutôt que de lire la description de l'horreur.

Drôle de société, non?

30.09.2009

L'outrance s'impose

Quand on lit Le Figaro, on sait qu'on lit un journal de droite, qui soutient le gouvernement. On sait aussi à quoi s'attendre en ouvrant les pages Débats.

Pourtant, on est toujours surpris. Hier, en faisant ma revue de presse professionnelle, je suis tombé sur cette chronique édifiante d'Yves de Kerdrel: "Les impôts locaux font de la résistance", que je n'arrive plus à retrouver sur le site internet du Figaro.

 Autant de clichés en quelques lignes, c'est impressionnant. Il serait bon qu'un jour, qaund des journalistes essaient d'écrire sur les collectivités locales, il sortent de leurs bureaux parisiens, du fameux triangle d'Or. Non, messieurs, les villages de 200 habitants qui emploient six cantonniers ça n'existent pas, ou, pour reprendre une phrase fameuse du film Le Président  d'Henri Verneuil à propos des patrons de gauche: "ça ne constitue pas la majorité du genre".

 Lire que le gouvernement réforme la France (ça je veux bien l'admettre), mais que les collectivités locales ne font rien, si ce n'est entretenir une armée de fonctionnaires paresseux et  construire des bâtiments de marbre, c'est hilarant, mais aussi consternant. Chacun pense et écrit ce qu'il veut, mais on ne peut pas présenter un raisonnement que l'on croit fondé en utilisant la caricature.

Heureusement, le ridicule ne tue pas,, ni le lecteur, ni l'auteur. Enfin, dans cette histoire, rien n'est perdu, fors l'honneur.