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21.02.2008

La mémoire contre l'histoire

Ainsi donc, le Président de la République souhaite que chaque enfant de primaire prenne en charge la mémoire d'un enefant juif victime de la Shoah. Une telle annonce relève plus de l'agitation médiatique, pour faire parler de soi, que de la politique. Elle souligne en outre une inconscience totale. Instrumentaliser la Shoah à des fins politiciennes (faire parler de soi, remonter dans les sondages) est le signe d'un manque total de morale, alors qu'on prétend enseigner celle-ci aux enfants. Outre que les victimes -et Simone Veil l'a bien dit- ont mis des années pour se reconstruire après ce drame, il me semble difficile de faire porter le poids d'un enfant mort à un autre enfant. On me dira: et Jeanne d'Arc, dont on enseigne le supplice, et les voyages scolaires, les témoignages? Etudier un fait historique horrible, ce n'est pas s'identifier à un enfant de son âge, en étudiant son histoire personnelle. L'histoire, par un appareil critique, scientifique, permet de prendreconscience de l'horreur tout en gardant une distance qui évite de succiomber à l'émotion. L'enseignement d'une histoire objective, sans sentiments, va -t-elle pour autant empêcher les enfants de ressentir de l'horreur pour la Shoah? A moins de venir d'une famille profondément antisémite, négationniste, je vois mal comment on pourrait ne pas comprendre ces faits.

Quant à faire étudier un enfant par une classe, nouvelle idée, ça n'a pas plus d'intérêt.

A la vérité, il y a là autre chose que de l'émotion. Il y a une confusion, de plus en plus présente, entre la mémoire et l'histoire. Elles sont pourtant bien différentes. La mémoire est subjective, elle est propres aux victimes, aux témoins, aux survivants. Elle est lourde à porter, si lourde que Primo Levi a fini par se suicider. L'histoire est une science, elle analyse des faits, elle se veut objective. Il me semble, pour parler comme de nombreux historiens, qu'il existe un devoir d'histoire, pour que chacun puisse comprendre, plus qu'un devoir de mémoire. La mémoire du témoin est forcément partielle. Chargée d'émotion, elle ne prend pas tout en compte. Dans l'événement, le témoin ne voit pas tout, il ressent de nombreux sentiments.

Pour élever les esprits, c'est d'histoire que nous avons besoin.

11.02.2008

De la difficulté de faire de la politique autrement.

Changer la politique. Tel était, lors de sa présentation, l'une des principales ambitions du Mouvement Démocrate. A l'heure où les citoyens se méfient des vaines promesses et des élus qui les tiennent, dans un monde qui a plus que jamais besoin de politiques responsables, c'était un défi à relever. Au moment où s'accélère la campagne municipales, faire un lpremier bilan s'avère délicat. Un parti qui souhaite entamer le chantier titanesque de la rénovation peut-il attendre six mois pour se concrétiser, entre l'annonce de sa création, et son congrès fondateur?

Non. Parce que pendant ce temps les citoyens réfléchissent, attendent, et sont déçus de ne rien voir venir. Parce que c'est le meilleur moyen de voir se constituer des petits groupes motivés, sûrs de réprésenter un Modem dont personne ne sait encore à quoi il va ressembler, prêts à préempter les places disponibles, contre des caciques dépassés par une vague de nouveaux militants exigeants car convaincus. Parce que le vide, le désert, est médiatiquement difficile à rattrapper. Voilà pourquoi il a été si difficile, selon moi, de faire démarrer la machine. A ceci s'ajoute un manque de clarté sur la ligne politique.

Indépendance et renouveau furent les grandes lignes. Mais si ces éléments sont nécessaires pour constituer une alternative crédible, ils n'en forment pas pour autant le squelette. Ue ligne c'est une pensée claire, connue de tous, sur les grand sujets politiques, nationaux ou locaux. Pas une idéologie, mais à tout le moins une direction. Quand on ouvre les portes du musée, mieux vaut indiquer le sens de la visite. Rien d'étonnant que dans la désorganisation, des lignes multiples se soient crées. Au Modem, on pourrait dire que la nature a horreur du vide: si la direction ne fait rien, les militants s'en chargent. C'est très bien, car ça témoigne d'un réactivité certine. Mais cela devient délicat s'il n ya aucune réelle coordination des initiatives.

Alors, on a organisé un congrès fondateurs, pour accoucher le Modem, réaliser une sorte de catharsis, en finir avec les mauvais démons. Mieux vaut ne pas trop critiquer son déroulement, ou ne pas tirer sur une ambulance.

Alors, on a organisé une élection interne, pour le Conseil National. On expliqué aux adhérents qu'il fallait qu'ils participent, mais là encore l'ambulance est tombée en panne.

Puis est venu le moment des investitures. Nous devions faire de la politique autrement. Plus d'arrangements. Des listes indépendantes partout où c'est possible (c'est bien ainsi que le plus haut niveau l'a présenté, sans jamais parler d'indépendance partout et toujours). De coups bas en renoncements, le flou s'est installé. Je trouve essentiel de faire un parti qui travaille sur des majorités locales, qui refuse l'alliance systématique avec un camp. Pour un intérêt national, le Modem fait des alliances dans certaines grandes villes, où cela aurait été facile de présenter des listes indépendantes. Pour des raisons de symbolique nationale, il fait différemment ailleurs. Mais partout, on retrouve des militants Modem sur différentes listes opposées.

On me dira que ceux qui sont hors de la liste investie sont hors du parti. Pourquoi n'en partent-ils pas? Qu'ont-ils à gagner à rester au Modem, petit parti en construction, si ce sont des opportunistes en quête de place (quelle place peut-on raisonnablement envisageavec une étiquette Modem?)? Rien, je crois qu'il s'agit de désaccords sur la ligne locale, mais en aucun cas de refus de la ligne nationale "les élections municipales se règlent au niveau local".

Enfin je voudrais évoquer une autre question : qu'est-ce que faire de la politique autrement? Ou, reformulée, "faire de politique autrement" est-il un argument pour en faire de manière traditionnelle? L'avenir nous le dira, mais la volonté, souvent affichée de faire émerger une nouvelle génération me fait peur. Je la partage évidemment, mais il y a comme une odeur bizarre, la sensation qu'il ne s'agit pas seulement de permettre à de nouvelles têtes d'émerger, mais de couper celles qui dépassent, chez les plus vieux ou les plus jeunes. Il n'est pas question de troquer la domination des quin,quagénaires et des sexagénaires contre l'alliance des trentenaires et des quadragénaires. La frustration étant mauvaise conseillère en politique, il me semble important que tout le monde se rassemble.

Bon courage à tous les démocrates engagés dans les municipales et les cantonales.

 

(Un incident technique ou ma méconnaissance informatique fait que la fin de ma note est plus un résumé de ce que je voulais dire.)