09.04.2009
Le passé à travers la passoire politique
Jean Marie Le Pen a encore occupé le devant de la scène, ces derniers jours, avec ses déclarations sur le détail et les chambres à gaz. Des mots inacceptables.
Ces événements nous rappellent que l'Histoire est toujours l'objet d'interprétations et de récupérations politiques, et même politiciennes.
Se réclamer des morts est toujours une bonne idée lorsqu'on a du mal à trouver sa légitimité auprès des vivants. Appeler les grands anciens, se faire sacrer sous les colonnes du Panthéon. Les exemples ne manquent pas, sans forcément tomber dans le révisionisme et le négationisme. Tous les hommes politiques utilisent l'Histoire. Elle donne du corps au message, l'inscrit dans une durée, lui donne un côté sérieux. Souvenons nous du débat sur les effets positifs de la colonisation. Souvenons de la question des lois mémorielles. Cette tentation de réécrire l'Histoire, on la retrouve aussi chez Napoléon III qui glorifie Vercingétorix.
De multiples communautés militent pour la reconnaissance des événements dramatiques vécus par leurs ancêtres. C'est une manière cathartique de réaliser une unité que le temps a parfois usée. C'est aussi un moyen de ne pas oublier, et ce n'est pas condamnable.
Le politique doit alors prendre garde à ne pas tomber dans l'usage politicien, qui consiste à prendre sa décision en fonction des seuls intérêts électoraux représentés par une telle communauté.
En fait on est là au cœur du débat entre mémoire et histoire. La mémoire, c'est subjectif, c'est ce que vivent les témoins ou leurs descendants. En ce sens, la victime et le bourreau ne raconteront jamais les événements de la même manière, et il ne faut pas en attendre la vérité absolue. Mais elle marque l'inconscient collectif, elle est transmise dans les familles et s'imprime donc très tôt dans les esprits.
L'Histoire se veut plus scientifique, analyse, utilise la mémoire aussi. Bien évidemment, rien n'est parfaitement certain. L'historien, aussi honnête soit-il, peut être trompé par les sources orales ou écrites qu'il examine.
Les armoires de fer regorgent de secrets. Elles renferment aussi des tas de documents sans aucune valeur que celle que leurs auteurs leur attribuaient à l'époque. Mais aujourd'hui, ils ne serviraient à rien.
Entretenir le fantasme autour de ces secrets est très utile. C'est aussi populiste.
Que dirait Jaurès ? Que voterait-il? On n'a jamais cité autant de noms illustres que lors de la campagne présidentielle de 2007. Mais il ne suffit pas de citer de grands noms et de paraphraser les grands moments de notre Histoire, pour pouvoir y entrer par la grande porte.
Utiliser l'Histoire, c'est aussi vouloir récupérer une tradition politique pour son propre compte, par des analogies. C'est enfin, et c'est le plus courant, relire l'histoire à l'aune de ses ambitions, oublier ce qu'on a été et tout sacrifier sur l'autel de l'homme nouveau, du parti nouveau, expliquer que tout ce qu'on fait est bien dans la ligne de ce qu'on a entrepris depuis toujours, que tout s'explique par une vocation, un chemin qui bien que tortueux a sa logique.
Quelles que soient ses formes, l'usage politique de l'Histoire, la confusion entre histoire et mémoire, sont des fautes politiques majeures, qui ruinent la confiance que les citoyens placent en leurs représentants, car ils entretiennent des espoirs, invariablement déçus, de retour d'un passé idéalisé.
Texte écrit pour Générations engagées.
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