20.06.2009

Internet, la transparence, et la démocratie

Internet est le grand progrès technologique de ces dernières années. C'est même devenu un lieu commun que de le dire. Pourtant on insiste peu sur sa portée. Internet c'est l'imprimerie de notre époque. Et cela entraînera les même conséquences sur le mouvement des idées. Bien sûr, tout ceci est encore informe, il n'y a pas encore de courant vraiment structuré, en termes politiques, issu d'Internet.

En revanche de nombreuses questions font irruption dans le débat public par la Toile. Et elles se répandent dans l'opinion rapidement. Comme une traînée de poudre. Comme un écran de fumée aussi parfois : très prenant au début, avant de s’évaporer devant une nouvelle polémique. Une idée chasse l'autre, et ce qui était intéressant hier ne le sera plus demain. Les évolutions technologiques rapides n'y sont pas pour rien : il faut être à la page, le matériel est toujours plus performant, toujours plus petit.

Il est facile de mobiliser des groupes pour une cause dans un délai très rapide que ne permettaient pas les tracts et autres affiches.

Tout au moins, on le croit. Car ce n'est pas l'un des paradoxes les moins graves d'Internet, que d'être, du point de vue politique en tout cas, une affaire d'initiés. Outil de la démocratie, il est le jouet de quelques élites. Développer son usage, et pour cela son accès égal sur le territoire, c'est faire avancer la démocratie. Après la trop fameuse fracture sociale, d'aucun évoquent une fracture numérique. Par delà l'effet de communication, c'est une réalité cruelle. A l'heure du premier Président Facebook, quand les dossiers se succèdent à la vitesse des Mega-octets, être absent de ce monde, dont la virtualité est un mirage, c'est être invisible, un peu plus encore, aux yeux des responsables politiques, économiques, sociaux.

Avec Internet, c'est aussi une des bases de la démocratie qui se trouve pourtant affaiblie.

En effet les réseaux sociaux, les blogs, la capacité pour chacun de trouver un nombre incalculable d'informations personnelles et anciennes sur n'importe quel citoyen détruit la distinction entre l'espace public et l'espace privé. L'existence d'un espace privé dans lequel chacun s'épanouit, une intimité protectrice garantit un débat sur le fond dans l'espace public. Si tout est mélangé, si les frontières n'ont plus de sens, alors la politique cesse d'être un combat pour l'intérêt général. Elle donne une place inconsidérée aux egos, nous ramène dangereusement à l'époque d'un souverain absolu, qui mettait en scène sa propre vie. Mais à cette époque, avec la théorie des deux corps du Roi, le corps politique et le corps physique, la mort du second n'impliquait pas la mort du premier.

Avec la disparition de la distinction espace public/espace privé (on peut dire peopolisation, c'est plus à la mode, mais un peu réducteur du point de vue conceptuel), notamment par la faute d'Internet, mais aussi de l'univers médiatique en général, et des responsables politiques eux -même, la disparition de la figure de papier glacé crée le désarroi sur l'avenir de ses idées. Or le propre d'un courant politique est de survivre aux hommes, à leurs vicissitudes, et aux partis.

Cette transparence est aussi un obstacle à la morale politique. Ne craignons pas les paradoxes. Si tout est transparent, il n'y a plus de conflit d'intérêt. Si l'Affaire des Fiches, les Chèques de Panama, ont créé des scandales, c'est parce qu'on a dévoilé un secret. Aujourd'hui, tout se fait en plein jour. Un ami est nommé à un poste important? On le justifie par le côté naturel de l'aide apportée à un ami. Il n'y a plus de différence entre les sentiments personnels et l'éthique du responsable politique. L'Homme Politique est avant tout un homme c'est vrai. Mais doit-il laisser ses turpitudes humaines masquer sa vocation politique?

Le citoyen devrait comprendre que se déterminer sur les aspects privés d'un candidat entraîne l'acceptation de son programme, qui lui ne sera jamais adapté au format demandé. Et d'un Internet source de libération d'information, et de démocratie, on glisse vers un Internet vecteur de la servitude volontaire des peuples.

 

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